J’étais énervée…

J’étais énervée…

Doublement énervée…

Petite parenthèse. Je n’ai pas trouvé de photo où je tire la tronche alors je vous partage une photo d’un magnifique shooting reçu d’Amélie de Wilde dont je me réjouis de vous partager la belle histoire très très prochainement. Je tenais à ce qu’elle soit aussi sur la photo comme petit clin d’œil. C’était juste magique et à faire, d’autant plus quand on a un cancer du sein et que notre féminité en prend un sacré coup ! Après quelques heures passées avec elle, on se sent finalement plus féminine que jamais…

Je reprends mon blog… Est-ce que t’as réfléchi à la cause de ton cancer ? Le cancer du sein, c’est une colère enfouie. Le cancer du sein, c’est un conflit non résolu. Le cancer du sein, c’est un problème de féminité. Le cancer du sein, et quoi encore ? Pour être plus précise « Le cancer du sein DROIT, c’est un conflit non résolu ! » affirmé avec une certitude sans pareille comme si c’était scientifiquement prouvé, 2 minutes après que je sois rentrée dans le bureau. Wow, je n’ai jamais eu un diagnostic aussi expéditif. Je vous jure, y en a qui sont vraiment des champions du monde médaille d’or parce qu’ils savent mieux que moi pourquoi ce cancer m’est tombé dessus. C’est dingue. C’est comme si tout à coup, la cause du cancer du sein n’était plus multifactorielle mais la même pour toutes celles qui ont un cancer du sein droit. Amies cancéreuses du sein droit, vous avez toutes un conflit non résolu ! Ça voudrait aussi dire que toutes les femmes qui ont un cancer du sein droit génétique ont aussi toutes un conflit non résolu. Ah c’est peut-être trans-générationnel alors ? Who knows… maybe… Je vais checker ce que veut dire le cancer du sein gauche et je vous tiendrai au courant !

Je ne cite personne et je n’accuse en fait personne, je veux juste partager mon ressenti, mon vécu. Ce genre d’affirmations à l’emporte-pièce, sans même savoir si mon cancer est génétique, où en sont mes hormones, mon historique médical et personnel, ma santé émotionnelle, etc. commencent à solidement me saouler. 

Ça ne me fait pas avancer, que du contraire, tout ce que je veux maintenant c’est gentiment dire au revoir à ce petit crabe en me reposant un maximum, en suivant mes traitements comme il faut, en faisant confiance à ma love team paramédicale, en voyant ce cancer comme une chance (même si je peux vous dire que j’en bave les jours qui suivent la chimio…) et en me réjouissant de la nouvelle vie qu’il me permettra de vivre. On en a déjà parlé dans le blog précèdent. Pour faire une petite parenthèse, la semaine dernière, j’ai eu une patiente qui souffre d’une myopathie, une adorable jeune femme belle comme un cœur, qui me disait qu’elle en avait plein le dos de tous ces gens qui lui bassinent les oreilles avec le pourquoi du comment de sa maladie. Tout ce qu’elle veut, c’est faire tout ce qu’il faut pour soulager ses symptômes et freiner la maladie avec l’aide de médecins et d’une équipe paramédicale dont je fais partie. Son père et sa sœur souffrent de la même maladie et elle ne veut plus se prendre le chou avec les raisons, elle veut avancer, se battre et regarder vers le futur, comme moi.

On connait tous des gens qui ont eu une vie de fou, des traumas pas possibles et/ou ont fumé toute leur vie et n’ont pas attrapé de cancer, et puis on connaît aussi des gens qui avaient une vie paisible, mangeaient bio et ne fumaient pas qui s’en sont chopé un terrible et sont partis en quelques mois. Juste ?

Une autre parenthèse. Je suis désolée, la structure est un peu chaotique mais j’ai commencé ce blog avant ma chimio #4 et j’ai un peu de mal à le terminer mais j’ai envie de le finir pour qu’il sorte de moi. Je suis aussi énervée par le sujet et les idées sont complexes et doivent être nuancées. Et puis aujourd’hui plus que d’habitude, je me sens entre énervée et déprimée, même si c’est pas super compatible, par ma fatigue invalidante et par mon incapacité à formuler deux phrases. J’en ai aussi plein le dos de ma routine et de mon manque d’évasion, j’y reviendrai à la fin du blog. Heureusement que je me suis un peu évadée il y deux nuits en rêvant que je passais toute la semaine à NY pour participer au sommet Action Climat et donner une conférence au Guggenheim et j’avais aussi un gala où j’étais arrivée en pousse-pousse et je portais une robe de princesse. Je me suis réveillée en disant à Didier « Bilou, j’ai oublié de prévenir Xavier que j’étais à NY ! » Je referme la parenthèse de l’état du jour et welcome to ma montagne russe émotionnelle.

Je voudrais apporter des nuances à la première partie de mon blog et du ras-le-bol des diagnostics Speedy Gonzales sans connaitre le contexte. Paradoxalement peut-être, j’aime lire sur le sens des maladies par curiosité intellectuelle et parce que dans certains cas, c’est juste une piste de réflexion vraiment intéressante mais jamais, au grand jamais, je ne balancerais un diagnostic 2 minutes après que le patient se soit bien installé dans mon petit coin de consulte. C’est MULTIFACTORIEL, je vous sers ce mot à toutes les sauces parce qu’il est crucial… Et même si les causes psychologiques ont une part de vérité, on les découvre ensemble lors d’un cheminement. Vous vous imaginez une patiente qui m’appelle pour des problèmes d’acidité et dont je n’ai pas écouté l’historique médical et personnel à qui je balance « Acidité ? Vous êtes « acide », vous n’avez pas digéré un évènement de votre vie ». Dis donc, qu’est-ce que j’en sais sans l’avoir jamais rencontrée ?

Si je prends l’exemple de la femme qui a des acidités épouvantables et des douleurs d’estomac depuis des dizaines d’années, qui a essayé tous les traitements allopathes et dont elle a pu écarter toutes les raisons physiologiques à l’aide des meilleurs médecins, spécialistes et fonctionnels, elle n’a peut-être effectivement pas digéré quelque chose de traumatisant dans sa vie. J’essaie de le découvrir avec elle. Ça résonne ou ça ne résonne pas en elle ? Nous dénouons les nœuds ensemble en prenant le temps qu’il faut.

C’est fascinant et parfois primordial d’aller creuser plus loin. Je n’aurais pas étudié la psychologie du comportement alimentaire si je ne croyais pas en la médecine intégrative et en un lien étroit âme/corps/esprit. Je pourrais vous parler des heures et des heures de cas vraiment intéressants.

Je ne rejette en rien le sens des maladies. Je pense que vous avez pu lire que j’ai passé du temps avec des questions existentielles. Le pourquoi du comment de ce cancer. Qu’est-ce que j’ai fait de travers ? J’ai passé du temps à pleurer sur le canapé et sur la table de Reiki de Xavier à vider mon sac des « tout petits restes » des souffrances du passé, lointain et récent, j’ai laissé mes petits « paquets » dans son bureau et ça faisait du bien. Et puis franchement, qui n’en a pas ?

Ça a d’ailleurs été vraiment important pendant certaines périodes de ma vie de passer par la parole sur les divans de psy formidables pour mettre de l’ordre dans des conflits intérieurs, des traumas, des colères, des rancœurs, des regrets. Accueillir, raconter, analyser, dénouer, comprendre et puis retisser, changer sa perception, réécrire son histoire, une très belle histoire pour en ressortir plus forte et plus grande. Et avancer.

Avec l’aide de Xavier, j’ai petit à petit laissé de côté le ‘pourquoi du comment’ culpabilisant. « Je me suis laissé bouffer par telle ou telle personne ; j’aurais dû arrêter tout de suite quand je ne me sentais pas alignée ; j’aurais dû freiner le rythme ; je courais derrière quoi, oulalala, j’avais besoin de reconnaissance, peut-être que c’est mal ; j’aurais dû, j’aurais dû, il fallait, je devais, je regrette de…, c’est de ma faute, j’aurais pu, … bref, je me suis foutu ce cancer, c’est de ma faute ». Bravo Delph, tu vas aller très loin avec ça.

Ce que je trouve intéressant avec ce cancer, c’est qu’il permet de devenir plus intelligent, je reprends les mots de Xavier. Oui, oui, plus intelligent. On évolue. On élargit son horizon (il l’a même fait avec ses mains). On développe l’intelligence du cœur, de l’âme, de tout. J’ai l’impression que je vais écrire des trucs super clichés qu’on voit sur des citations qui trainent sur Facebook ou ailleurs avec des couleurs roses et des petits oiseaux à paillettes mais quand on le vit vraiment, c’est pas cliché du tout.

Je me répète, je sais, mais l’exercice de relativisation est assez incroyable et vaut vraiment le coup. C’est un peu comme si on apprenait à donner leur juste place aux faits et choses de moindre importance… mais ça ne veut pas pour autant dire que tout le reste est sans importance. Hell no ! comme disent mes potes Outre-Atlantique. Ça permet de garder son énergie pour les combats qui en valent vraiment la peine. C’est aussi un très bel exercice d’acceptation et d’accueil de « ce qui est ». Accueillir sans juger « ce qui est ». Et nous savons TOUS sans exception la suite, que la santé est un précieux cadeau et que le bonheur est si intensifié quand on prend le temps de le voir, le nommer, le vivre dans toutes ces petites choses de tous les jours. On sait, on sait, mais tout à coup, on se rend compte qu’on savait mais qu’on n’en faisait pas tant l’expérience avant le trois tonnes dans la figure. Un trois tonnes instructif. Très instructif, je dois dire.

J’ai quand même envie de mettre l’accent sur un point vraiment important et en profiter pour vous remercier tous très chaleureusement. Vous, vous tous, m’avez permis de réaliser à quel point l’amitié, les relations humaines, l’entraide féminine ont des pouvoirs guérisseurs, c’est fou ! Pour moi dans ce cas-ci, mais aussi pour toutes les autres personnes qui sont moins entourées, celles qui n’ont pas la chance d’avoir autant de petites mains qui les portent, celles qui n’osent pas demander mais qui en tant besoin. 

J’ai lu sur internet « Le cancer : un déclencheur de vie », j’ai trouvé ça formidable.

Toute la question est de savoir s’il faut vraiment attendre de se choper une maladie grave pour prendre conscience de toutes ces choses. Parce que franchement, je suis passée à côté de beaucoup d’entre elles même si je les savais, on ne réalise pas toujours leur importance capitale. Est-ce que j’avais pour autant une vie égoïste et sans substance ? Hell no again mais je découvre des merveilles qui rendent la vie tellement plus abondante. C’est un beau cadeau.

A propos de ce déclencheur de vie, c’est le psychologue Richard Tedeschi qui a parlé de ce processus dans les années 90. Il l’a appelé « Post Traumatic Regrowth ». C’est comme si la maladie était pour certaines personnes un vecteur de développement personnel. Les visions et la philosophie de vie changent et les relations s’intensifient. Il rajoute que les patients développent une compassion envers autrui. A suivre.

Pour revenir au diagnostic expéditif du conflit non résolu, ce genre d’affirmations sans connaître le contexte peuvent heurter, freiner, blesser, perturber ou énerver des personnes en plein cheminement. En fait, je pense tout à coup à l’histoire des trois tamis de Socrate que j’adore et qui est une sacrée leçon avant d’ouvrir la bouche. Déso, ça n’a pas de rapport “évident” mais elle est arrivée dans le flot de mes idées et j’ai vraiment envie de vous la partager.

« Un jour, un homme vint voir Socrate et lui dit : ” Ecoute-moi, Socrate, il faut que je te raconte comment un de tes amis s’est conduit.”

– Arrête un instant, l’interrompit le sage. As-tu passé ce que tu as à me dire à travers les trois tamis ?
– Trois tamis ? répondit l’homme, empli d’étonnement.
– Oui, mon ami : trois tamis. Examinons si ce que tu as à me dire peut passer par ces trois tamis. Le premier est celui de la Vérité. As-tu contrôlé si ce que tu as à me dire est vrai ?
– Non ; mais je l’ai entendu raconter, et…
– Bien, bien. Mais alors, tu l’as peut-être fait passer à travers le deuxième tamis. C’est celui de la Bonté. Ce que tu veux me dire, si ce n’est pas tout à fait vrai, est au moins quelque chose de bon, ou qui va faire du bien ? 

Hésitant, l’autre répondit :

– Non, ce n’est pas quelque chose de bon, au contraire…
– Hum, dit le sage, essayons de nous servir du troisième tamis, et voyons s’il est utile de me raconter ce que tu as à me dire…
– Utile ? Pas précisément.
– Hé bien, dit Socrate en souriant, si ce que tu as à me dire n’est ni vrai, ni bon, ni utile, je préfère ne pas le savoir. Et quant à toi, je te conseille de l’oublier… »

VRAI – BON – UTILE, 3 tamis qu’il est bon de se remémorer de temps en temps…

Et pourquoi pas en rajouter un 4ème :

« Aimerais-je me l’entendre dire ? »

J’espère vraiment que vous arrivez encore à me suivre dans cette construction foireuse de blog qui est juste à l’image du chaos émotionnel des derniers jours, ces fameux jours qui suivent la chimio. Ça monte et ça descend, je vous avais prévenus, vous avez peut-être même ressenti des nausées…

Pour conclure enfin ce blog, j’aimerais vous dire pourquoi j’ai écrit « J’étais énervée… Doublement énervée… ». Ce diagnostic rapido m’a énervée mais je suis aussi énervée/frustrée et triste/cafardeuse par ma routine ou plutôt par mon manque d’évasion. « C’est super, t’as déjà passé les 4 grandes chimios, ça avance ». Vous avez tous raison, ça avance mais j’en ai encore 12 qui me rendent déjà malade rien qu’à l’idée, et les journées sont parfois très longues car la fatigue ne permet pas d’entreprendre quelques petites folies pour égayer le quotidien. Je le ressentais moins quand la lumière du jour était splendide, mais la grisaille me plombe. Alors que vous vous dites tous que les forêts vont revêtir leur plus beau manteau, moi, ça me glace. Rien à foutre des beaux orangés et rouges flamboyants, je n’aime que les verts tendres du printemps et les belles couleurs de l’été, la chaleur qui réchauffe et détend et non le froid qui crispe et qui glace. Je rêve de nouveau, de piment, d’évasion, de croustillant, pas grand-chose pourtant mais un tout petit quelque chose de différent… J’en rêve. Les bons jus de Didier, les plats préparés avec amour par les amis, les pralines qui croustillent pourtant sous mes dents, les mains si douces de Xavier, vos messages de soutien, la visite de mon petit écureuil, l’écriture sont beaucoup de bonheur dans ma vie quotidienne mais j’aimerais partir, prendre un train, m’envoler, décoller pour aller loin quelques jours, ne plus penser à mon cancer, faire semblant que la chimio est finie, me dire que je ne rentrerai pas ce soir parce qu’une soirée magique m’attend quelque part, une soirée avec plein de petites lumières blanches partout, vivre à fond, courir dans les rues en riant avec insouciance, boire un bon champagne et profiter d’être guérie. Aujourd’hui, j’ai vraiment envie de brûler les étapes. Toutes les étapes. Sans exception. C’est long vous savez, enfin j’en sais rien si vous savez vraiment, les journées sont parfois terriblement longues et même si j’ai la chance d’avoir l’écriture pour m’évader, une capacité étonnante à voyager dans ma tête, une aptitude à créer des petites rêves magiques dans mon cœur, ça ne suffit pas pour le moment. Je veux vraiment vraiment m’évader physiquement. Y avait un avion qui passait pendant la session avec Xavier hier, j’ai rêvé que je partais mais j’étais triste à l’intérieur. Très triste.

Je sais que tout viendra en temps voulu, mais parfois c’est dur et long. Très dur et très long.

Fast forward par rapport au moment où j’ai écrit ce blog… Hier, j’ai vu mon médecin qui me soigne par phytothérapie. Il fait des miracles, les effets secondaires de la chimio sont de plus en plus supportables, ça ne veut pas dire que la fatigue et les bas ne sont pas là et que les nausées ont toutes disparu mais c’est le jour et la nuit par rapport aux chimios 1 et 2. Il m’a dit « Sein droit, problème d’expression de la féminité » entre deux lectures de paramètres sans trop se concentrer sur ce qu’il disait. Je n’étais pas du tout énervée, j’ai accueilli et répondu « J’entends… mais ce qui m’importe le plus, ce sont vos plantes, elles m’aident énormément et elles seront des alliées incroyables pour la suite et l’après-cancer, alors que dit la prise de sang cette fois-ci et en avant go ? » Il fait de l’endobiogénie, c’est assez fascinant, je vous en parlerai dans un autre blog.

Et puis petit bonus pour ceux et celles qui veulent un peu « voyager » ce weekend et écouter des musiques qui vous prennent aux tripes, je vous conseille The Greatest Showman dont je vous partage les 2 premières minutes. La folle histoire de P. T. Barnum ne vous déplaira pas, je vous le promets !

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