Une toute petite semaine de rêve

Une toute petite semaine de rêve

J’ai écrit une « toute petite » parce qu’une semaine, c’est 7 jours et la semaine dont je vais vous parler est de 4 jours et demi. Elle était aussi courte qu’extraordinaire ! Et j’ai fait un exercice mental, j’ai réussi à la faire durer plus longtemps, enfin pour être plus correcte, à avoir l’impression qu’elle a duré plus longtemps.  C’est comme une gymnastique de l’esprit, il suffit de décortiquer chaque instant, chaque seconde et de profiter à fond de tous ces mini morceaux de temps, alors le temps paraît beaucoup plus long. Finalement on fait un peu ce qu’on veut avec son mental, je trouve ça hallucinant. Je vous raconterai une autre petite gymnastique mentale un peu plus bas.

Faut dire que c’est peut-être plus fastoche pour moi et ça, c’est un peu mon avantage sur celles pour qui tout roule nickel. Les jours de nausées constantes et d’asthénie puissance 10,000 permettent aux « bons » jours d’être encore plus extraordinaires. Le contraste absolu. J’en suis même à remercier mes jours pourris de me donner la chance de profiter des bons. Débile, mais c’est vrai. De manière plus générale, je me demande… Est-ce que ce n’est pas la souffrance qui nous fait encore plus apprécier la joie ? De même pour le malheur et le bonheur ? Les joies ne sont-elles pas plus intenses quand on a connu la souffrance ? Je vais réfléchir et je vais en parler avec Xavier qui a écrit un livre sur la joie. Je réalise que dans ce cas-ci, je n’aurais pas AUTANT profité de ma toute petite semaine si je n’avais pas eu une semaine vraiment dure avant.

Tout le monde me dit que je suis toujours dans les extrêmes. Et où est le problème ? Didier me dit que j’utilise trop de superlatifs quand je parle. Une amie à Houston dit ça plus joliment « You have a wonderful artistic personality ». Ce cancer pousse aux extrêmes, la fameuse montagne russe dont je vous parlais quand j’ai démarré mon blog. Au tout début, c’était plutôt le « roller coaster » des émotions, l’annonce du cancer, la révolte, la peur débilitante, la perte de repères, la culpabilité, puis les joies intenses, les rencontres magiques, cette intensité d’émotions. Ça démangeait ! Tout cet amour, toute cette douceur, toute cette amitié, toutes ces mains, ces moments au calme seule et ce beau rapprochement avec Didier.

Maintenant, c’est plus le roller coaster de l’état physique. Mais vous savez comme moi que le psychosomatique va dans les deux sens. L’autre sens s’appelle le somatopsychique. Logique ! Le mental taxe le physique et le physique taxe le mental. Je ne vous cache pas, et je vous l’ai dit dans le blog « Chimio 1… Découverte carrément décevante » que mon corps tellement malade taxait mon mental. Ce creux le plus profond physiquement et le moral qui commençait à flancher m’ont permis d’apprécier de manière presqu’un peu euphorique ces 4 jours et demi. Et même si je sais qu’on est reparti pour un tour depuis hier et que la semaine prochaine va être pourrie, ce qui est différent cette fois-ci, c’est que je sais que la suivante sera magique. Je me demande d’ailleurs si ça ne m’aidera en fait pas à encaisser de manière plus soft les épouvantables effets secondaires. Je ne crois pas trop qu’une chimio n’est pas l’autre pour les 4 premières, les poches sont les mêmes, d’abord le baxter d’anti-nausées et de cortisone, puis le baxter transparent qui donne comme effet secondaire le nez qui pique et le coup de barre et le fameux baxter Spritz qu’une copine houstonienne appelle plutôt le Red Devil.

Allez allez, passons aux évents formidables de la semaine.

Mon rdv avec la maison d’éditions.

J’ai adoré ! L’équipe est formidable. Le CEO a lui-même eu un cancer donc on parle le même langage. Y a rien à dire, ça rapproche et c’est fantastique de pouvoir partager nos expériences. L’éditrice qui s’occupera du projet est adorable, une femme si douce et délicate. Elle dégage la bienveillance et le calme et comme c’est mon nouveau motto (avec « Just do it ») « Delphine, tu fais les choses dans le calme sans rush et sans pression », on va former une super paire. C’est primordial dans la réalisation d’un ouvrage. Il faudra être calme et détendue pour retravailler des textes. Je continue le blog et nous parlerons petit à petit de la structure et de la rédaction du livre.

Je suis tellement heureuse, tellement heureuse de pouvoir réaliser le projet de mes rêves. Il avait été question à l’époque d’écrire un livre sur l’alimentation consciente et puis sur la psychologie du comportement alimentaire, mais « Cancer, je gère ! » est tellement plus juste et ‘vrai’ pour le moment. Je skipe tous les rêves que j’ai pour ce livre, ce sera pour un autre blog, mais le rêve ultime, c’est qu’il puisse aider des centaines, voire des milliers, de femmes qui passeront par là et puis aussi celles qui auront la chance d’éviter cette épreuve.  

Je suis repartie avec un contrat à l’américaine (plein de pages ;-)) que je voulais lire tranquillou pendant ma chimio mais on a papoté quasi non-stop avec Ludmilla. J’aurais dû utiliser ses précieux conseils de juriste. Je peux encore le faire. 

J’ai décidé que j’irai me taper sur une plage en janvier ou février pour retravailler les textes pour le livre. Je pense que je le mérite bien… ce cancer me donne plein de « carottes », c’est trop gai !

Pour la petite anecdote, mon rêve de devenir une bloggeuse et d’écrire des livres vient de Carrie Bradshaw dans Sex and the City. Désolée pour la référence hautement intellectuelle mais avouons-le, on a toutes adoré cette série. Carrie était chroniqueuse pour un journal et je trouvais ça trop cool. Elle rentrait de ses journées trépidantes et de ses get together avec Miranda, Samantha et Charlotte dans son adorable appart new-yorkais, elle plongeait sur son lit et se mettait à écrire sur son petit Mac. Ses textes étaient géniaux, je pense sincèrement qu’elle est la précurseuse des blogs ! Bon, j’avoue que je n’ai plus pensé à elle quand j’ai commencé mes deux blogs, de nutri et de psycho, mais l’envie était en moi depuis toujours.

Plein de petits anges tombés du Ciel.

Célia
Célia, la fille de Diane, a fait un programme d’échange en Australie et est passée le jour de son retour avec plein de surprises dont je rêvais. C’est comme si elle avait lu dans mes pensées. Je m’explique… Depuis mon retour de Houston, je regrettais à mort de ne pas avoir ramené de Gin-Gins, petits bonbons au gingembre que je trouvais dans les supermarchés chinois et que je dévorais chaque fois que j’allais chez l’acupuncteur, y avait un énorme bol à l’entrée. J’avais vu une bloggeuse irlandaise qui en parlait pour les nausées suite à la chimio.

Étant pourtant une grande consommatrice d’Amazon, je n’avais pas checké si je pouvais en faire livrer ici donc j’avais prévu d’en faire livrer à Washington à l’hôtel où Didier passera 4 jours en septembre.

Il y avait encore deux choses qu’il fallait que j’achète asap : les fameux petits bonnets tout douillets qu’on met sous les foulards et une potion magique pour protéger les ongles car la chimio les attaque.

Incroyable mais vrai : Célia avait un joli petit paquet pour moi avec des Gin-Gins, un petit bonnet de chimio réversible gris et rose et une crème extraordinaire pour les ongles. Vous le croyez ? C’est fou… la maman de sa famille d’accueil en Australie a une association pour aider les femmes qui ont un cancer et elle avait conseillé plein de petites surprises à Célia !

Je pense que vous pouvez voir que je jubile… Didier ne voulait pas que je poste cette photo mais franchement pourquoi pas ? Quel zouave.

Dominique de Look Hat Me
Rencontre magique mardi dernier. Maman venait passer la journée pour un peu m’aider à planifier mon déménagement en décembre (on ne peut faire mieux comme timing pour déménager, mais bon… we will make it work…). Bon, j’avoue que je suis assez pro dans le domaine ayant déménagé 10 fois en 18 ans, et pas des petits déménagements, deux fois Outre-Atlantique, enfin 4 fois si on compte les allers et les retours. Et en plus toute seule comme une championne, ça saoulait Didier, mais pas moi. Mais c’est quand même une première : déménager en pleine chimio, quelle merde.

Maman est arrivée et on a commencé à mesurer les meubles et faire une liste pour nous faciliter la vie et déjà décider où ils iraient dans la nouvelle maison. On a attaqué la cuisine, la salle à manger puis le salon, j’en avais déjà marre et on est parties faire une virée chez Look Hat Me, magasin de bonnets et foulards de chimio E-X-T-R-A-O-R-D-I-N-A-I-R-E qui m’avait été renseigné par Caro.

Si je vous décrivais les deux heures magiques que nous avons passées là, je pourrais écrire un livre tant c’était intense en émotions. J’écrirais plusieurs chapitres sur les regards pétillants et pleins de tendresse de la propriétaire. Je préfère illustrer ces moments en images. La première est ma préférée, j’adore cette complicité avec cette femme qui s’est installée en quelques secondes… Elle a aussi traversé les mêmes épreuves, je l’ai senti dans la seconde où je l’ai vue.

On a fait un deal avec un gros « top dans la main », je vais refaire le site internet du magasin qui ne reflète absolument pas la beauté de ce qu’elle vend, ni celle de son âme. Ce sont des choses primordiales qui doivent transparaître dans un site internet.

Diane, Margaux et Célia
J’avais prévu de faire une coupe courte lundi et puis j’ai changé d’avis. Je me suis dit que je voulais profiter à fond de ma « bonne » semaine et ne pas être exposée à des émotions trop fortes qui allaient me faire verser de chaudes larmes. Non, non et re-non, je voulais une semaine légère où j’allais profiter de TOUT. J’ai donc téléphoné à Nathalie et lui ai dit qu’on reportait la coupe et la tonte. « Nathalie, on y pensera quand les cheveux commencent à tomber. Mais juste par acquit de conscience, es-tu là ce weekend ? »

Et puis je dois aussi vous raconter quelque chose. Je vous ai parlé plus haut de petite gymnastique de l’esprit. Quand j’ai des rêves, même s’ils ne sont pas réalistes, j’adore les garder dans ma tête juste pour rêver. Je ne sais pas si je m’exprime bien… Un exemple… parfois je crée un petit rêve dans ma tête dans le genre que je vais retourner vivre à Houston ou que j’aurai un jour une petite gingerbread house là-bas. Même si je sais que ça ne va pas arriver, c’est pas grave, je garde mon petit rêve dans ma tête et je le sors quand j’en ai besoin. Je ne vous cache pas qu’il y en a plein tout à fait improbables qui se sont vraiment réalisés parce que j’ai tellement rêvé (et voulu et demandé) que l’Univers « made them happen ».

Pour mes cheveux, je voulais juste « rester » avec le rêve qu’ils n’allaient pas tomber. J’ai expliqué à Didier et aux kids que j’avais décidé de créer ce petit rêve pour la semaine. Jamais personne n’a gardé ses cheveux avec la chimio EC, mais c’est pas grave. Autant vous dire que les hommes m’ont traitée de débile, ils m’ont dit que j’étais dans le déni, ils avaient des propos beaucoup trop terre à terre et même franchement durs. J’ai conclu la conversation en leur disant « Foutez-moi la paix et ne m’enlevez pas mon rêve qui va me permettre de ne pas penser à cette chute et égayer mon cœur pendant 4 jours ». Les hommes en général se méfient que la chute (au sens figuré cette fois-ci) sera d’autant plus grande, et bien pas du tout. C’est une magnifique petite gymnastique du cœur et de l’esprit, on rêve et on sait que ça n’arrivera pas, ça parait paradoxal mais en fait pas du tout. Ce ne sont pas des faux espoirs, c’est juste un petit rêve qu’on garde dans son cœur le temps qu’il faut…

Et un phénomène étonnant s’est passé, alors que je perds un paquet de cheveux tous les jours, je n’en ai pas perdu un seul pendant ma mini-semaine sauf la dernière aprèm. Pour la petite histoire, j’étais sujette à une perte de cheveux anormale depuis 4 ans et j’avais couru les plus grands spécialistes, je commençais d’ailleurs du PRP la semaine prochaine. Et il avait même été question il y a 6 mois de faire des greffes car j’ai des « trous » sans cheveux qui ne faisaient que s’agrandir. Je me marre quand même… Il paraît qu’ils repoussent plus beaux et souvent bouclés après la chimio sauf certaines exceptions dont j’espère ne pas faire partie…

Pour revenir à mes 3 anges, Diane, Célia et Margaux, elles sont passées par hasard pour déposer un paquet de la part de Mathilde et j’étais un peu dans un creux car mes cheveux tombaient par dizaines depuis 1 heure. Gros sanglots quand elles sont arrivées, Diane a posé ses mains sur mes jambes, j’étais allongée au soleil et je lui ai montré les dizaines de cheveux que j’enlevais en passant mes mains dans les cheveux.

  • Diane, je ne sais pas quoi faire. Est-ce que tu penses qu’ils tombent vraiment ?

Je repassais mes mains dans mes cheveux et ça recommençait. J’ai dû le faire 4 fois en lui reposant chaque fois cette question :

  • Non mais Diane, tu penses vraiment que c’est ça ?
  • Oui, ma petite chérie, c’est ça.
  • Qu’est-ce que je fais, je suis paumée. J’appelle Nathalie, je fais quoi, ça fait deux semaines que je suis incapable de décider pour cette tonte et maintenant que ça tombe et qu’il faut décider, je suis complètement perdue.

Son regard était plein de tendresse.

  • Tu veux que je te fasse un petit carré ?
  • Mais t’as déjà coupé des cheveux ?
  • Mais évidemment, je suis hyper bonne, tu savais pas ? J’ai coupé les cheveux de plein de monde ! Non mais vraiment je te jure.

Et là, on est parties dans un fou rire divin ! Avec Diane, on passe toujours des pleurs et émotions fortes aux fous rires ! Allez go, en avant go. Ce fou rire m’a donné la pêche, on a sorti de vieux ciseaux de cuisine, un mini-peigne reçu dans l’avion et c’était parti. Célia a mis de la musique sur son gsm, je me suis quand même couverte d’un paréo coloré and let the hair party begin ! On a ri comme des baleines, c’était magique. Celia est la grande artiste dans l’histoire, elle guidait sa mère qui m’avait fait une coupe légèrement asymétrique 😉 et elle m’a fait un shampoing à l’eau de piscine. Margaux était la photographe et William gloussait en bossant sur son travail de français.

De nouveau, je pense que les images sont plus fortes que les écrits… je n’oublierai jamais ce jour ! Et pour toutes celles qui vont passer par là, je trouve que faire plusieurs étapes est moins trash que de raser tout dès la première chute. J’adore ma petite coupe et je vais en profiter pendant 1 ou 2 jours, on verra comment la chimio numéro 2 attaque ce qui me reste sur la tête car ça continue encore à tomber. Pour certaines, c’est radical juste après la deuxième chimio donc Nathalie est prévenue, elle débarque en une demi-heure avec la tondeuse… Mais comme Didier est parti à la campagne ce weekend et que je reste avec William qui a des compètes de golf, je croise les doigts pour qu’ils restent encore un peu accrochés pendant 48 heures.

** Merci à William d’avoir immortalisé la réaction de Didier (entête du blog) en rentrant du boulot. Il adore la nouvelle coupe “provisoire”.

Plein d'autres petits anges.

William qui m’apporte des mûres qu’il a cueillies dans les bois en me disant que c’est anti-cancer. Et Didier pour son éternel soutien et ses bons petits plats à base de cèpes cueillis de ses propres mains !

Et vous tous, vous êtes tous des anges qui me portent avec tous vos messages. C’est un peu comme si j’avais des centaines de paires de mains boostantes et bienveillantes, c’est fou ! Vous ne vous rendez pas compte comme votre soutien m’élève.

Bref, quelle belle semaine, j’ai aussi repris mes consultes, ça m’a fait plaisir. Mélanie m’a donné des conseils magiques, surprise pour le prochain blog !

Cette image ci-dessous est pour toutes les femmes, parce qu’on est TOUTES courageuses, sans exception. On a toutes une force insoupçonnable. Vous me dites tout le temps que je suis courageuse, mais vous aussi !

Oh et si vous voulez écouter une musique qui donne la pêche, en voici une. Gérald m’a partagé une top piste de lecture sur Spotify, il fait toujours des découvertes dingues ! Mettez-la à fond en joggant ou en vous rendant au bureau ou ailleurs ! Cette guitare vous emportera dans un univers si latin !

Et puis celle-là, c’est pour votre retour du boulot. 

Kiss à tous !

PS : On est samedi, le lendemain de chimio et grrrr… les effets secondaires sont bel et bien au rendez-vous et les cheveux tombent par centaines… vivement dans une semaine 😉

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